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05/02/2013

La flamboyance d'Hugo au plus près des spectateurs...

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Au Vieux Colombier, dont les fauteuils ont été disposés pour l'occasion en bi-frontal, permettant une représentation au milieu du public, Nicolas Lormeau dirige six comédiens vibrant, s'enflammant, s'aimant, combattant avec intensité et virtuosité  sur les vers d'"Hernani". Du théâtre dans ce qu'il a de plus éclatant, mais sans poudre aux yeux, donné par de très grands interprètes. A voir absolument.

Chacun connaît l'intrigue, probablement, de ce drame en cinq actes au cours duquel la jeune Dona Sol de Silva, promise à son riche et vieil oncle Don Ruiz Gomez, aimée en secret par le roi d'Espagne (Don Carlos) en passe de devenir empereur, vit une passion avec Hernani, berger désireux  d'assassiner la tête couronnée sus-citée dont l'ascendant avait condamné à mort son père. La pièce verra les trois hommes se disputer la belle (en quête de l'amour absolu), et tenter de mener à bien leurs desseins de pouvoir, de vengeance ou de respectabilité.

critique hernani vieux colombier comédie française

Parangons du Romantisme, les oeuvres de Victor Hugo sont celles de tous les excès, dans le fond, dans la forme. Sentiments exacerbés, lyrisme, multiplication des situations, répliques aussi improbables que sublimes. Dans la préface de "Ruy Blas" qui nous est judicieusement donnée à entendre en prologue via la superbe voix de Thierry Hancisse, l'auteur explique son style, à l'époque nouveau et décrié ("la bataille d'Hernani" n'est pas une légende...), en prétendant vouloir toucher simultanément les trois composantes du public. Les femmes, d'abord, s'intéressant à la passion. La foule, ensuite, avide d'action. Les penseurs, enfin, en quête de caractères. D'où l'incomparable théâtralité et densité de l'oeuvre "hugolienne", à la langue grandiose et moderne, qui divertit autant qu'elle croque l'humanité.

Afin d'en révéler la splendeur et l'essence, Nicolas Lormeau a resserré le script autour des  personnages principaux (la pièce compte en principe près de 30 rôles), et a opté pour une scénographie épurée. Sur ce plateau nu sobrement éclairé, les protagonistes nous apparaîssent à vif, sans artifice, et s'affrontent, nous affrontent, tels des gladiateurs dans une arène. Ne pouvant faire dans la demi-mesure (car impossible de déclamer ces vers comme on dirait "passe-moi le sel"), sociétaires et pensionnaires y vont à fond, assument,  et sont fabuleux.

Félicien Juttner, d'abord, incroyable Hernani, plein de fougue, de rage, de passion... dévorant son rôle, ses partenaires, la scène... Jusqu'aux spectateurs durant le salut ! Il est à n'en pas douter ce "lion superbe et généreux". Jennifer Decker, ensuite, à la fragilité touchante et combative, est une amoureuse bouleversante. Bruno Raffaelli offre toute sa puissance au vieux Don Ruiz Gomez. Jérôme Pouly fait preuve d'une appréciable complexité dans sa composition de Don Carlos. Autour d'eux, Françoise Gillard insuffle un peu de fantaisie et de légèreté à la suivante Dona Josefa, un laquais puis deux ou trois silhouettes, tout comme Elliot Jenicot campe hommes de main et conspirateurs avec une certaine créativité.

Grand moment.

Après l'expérience décevante de "Troilus et Cressida" la semaine dernière salle Richelieu, nous voici donc réconciliés avec la Comédie Française.

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Photos : Brigitte Enguérand

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