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10/03/2013

Un film noir délicieusement grinçant signé Marcel Aymé et Lilo Baur...

critique la tête des autres comédie française vieux-colombier

Au Vieux-Colombier, cette insolente comédie écrite en 1952, violente charge contre la peine de mort et la corruption, perd son aspect un peu désuet de boulevard improbable et abracadabrantesque pour revêtir celui d'un polar élégamment rétro et enfumé, plus posé, où les personnages prennent une appréciable épaisseur, faisant pertinemment résonner le propos de l'auteur. La metteur en scène suisse Lilo Baur nous offre une relecture intelligente, inspirée et fort séduisante d'une oeuvre étonnamment moderne. A ne pas manquer.

"La tête des autres", c'est celle que le procureur Maillard se réjouit d'obtenir aux cours des procès dont il a la charge. Ce soir là, il rentre au domicile familial afin de fêter sa troisième condamnation en compagnie de ses proches et de son collègue le procureur Bertolier. Mais surgit Valorin, le condamné (évadé et innocent), qui tombe nez à nez avec la seule personne susceptible de le disculper, à savoir la femme de Bertolier, puisque celle-ci se trouvait à ses côtés (dans son lit) au moment du crime lui étant attribué... Commence alors une lutte pour la justice et la vérité que Valorin sera bien en peine d'obtenir dans une société rongée et gouvernée en sous main par une Mafia à la tête de laquelle se trouve le terrible Alessandrovici.

Situant l'histoire en "Poldavie" afin d'éviter de s'attirer les foudres de la magistrature française  de l'époque (il rédigea malgré tout une seconde version moins acerbe de sa pièce en 1956), Marcel Aymé dépeint avec génie, esprit et mordant les travers du genre humain, ses faiblesses et basses aspirations (lâcheté, manipulation, goût du pouvoir, de l'argent...), nous épate par le ton de ses dialogues souvent virulents, très actuels, et dresse une série de portraits d'une justesse rare, à commencer par celui de deux femmes revendiquant leur liberté et s'en emparant, s'émancipant chacune à sa manière de la domination masculine, préfigurant l'indépendance totale du sexe faible au XXIème siècle. 

Nous risquerons probablement ici de nous répéter, mais la troupe brille une nouvelle fois par son excellence. En hommes de loi carriéristes et sans scrupule aux ordres de la pègre, au sens de l'honneur et de la justice relatifs, forts devant les faibles mais réduits au rang de larbins face aux puissants, Nicolas Lormeau et Alain Lenglet sont parfaits. Véronique Vella campe formidablement l'épouse soumise un brin naïve de Maillard qui se découvre une autonomie de pensée et un idéalisme (incarné par le séduisant Valorin) qui la font vibrer. Savoureuse composition. Florence Viala, épouse Bertolier, prend les traits d'une superbe vamp croqueuse d'hommes assumant ses mutiples amants. L'exceptionnel Serge Bagdassarian ceux d'un imposant parrain, se mouvant pour se déplacer, caractériel, cocasse et effrayant, se délectant comme un gosse de son pouvoir absolu. Laurent Lafitte, en fugitif non coupable,  mène la danse avec aisance et prestance. Clément Hervieu-Léger et Félicien Juttner, enfin, jouent avec bonheur les tueurs à gage pas bien malins. 

Lilo Baur signe un travail où fond et forme se conjuguent au mieux. Sa direction d'acteur se révèle irréprochable. Elle a choisi une scénographie transformable, à l'esthétique 50's sobre mais léchée, permettant de passer avec fluidité d'un lieu à un autre. L'action se voit régulièrement soulignée, appuyée par des mélodies semblant tout droit sorties de films en noir et blanc. Les éclairages soignés jouent avec les ombres, sculptent les visages, procurent du mystère à l'espace scénique. Vraiment très réussi.

Bref, un spectacle des plus aboutis à destination de tous les publics.

Jusqu'au 17 avril seulement.

Ne tardez pas.

Réservez vos places en cliquant ci-contre :  commander_100x30_02.gif

critique la tête des autres comédie française vieux-colombier

Photos : Christophe Raynaud de Lage

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