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17/12/2013

Délectable mais frustrant, l'absurde de Sébastien Thiéry...

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Au Poche Montparnasse, accompagné de Bruno Solo, sous la direction de Jean-Louis Benoit, le prolifique Sébastien Thiéry, qui fait le bonheur des directeurs de théâtres publics comme privés, propose une sélection de ses premiers écrits, saynètes issues de "Sans Ascenseur" et "Dieu Habite Dusseldorf", créés il y a une dizaine d'années dans la capitale. Soit une sympathique succession de dialogues totalement absurdes, empreints d'une certaine noirceur, donnés par des personnages bordelines et drolatiques, même si l'absence d'un véritable propos, ici comme dans les comédies plus longues du dramaturge, laisse souvent le public sur sa faim... 

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Par crainte de gâcher votre plaisir de spectateur, nous ne nous étendrons pas sur les situations ou sujets de conversation improbables des protagonistes, qui tentent en vain de briser une solitude visiblement pesante. Evoquons toutefois cet homme ayant empaillé son père (encore en vie !), lui redonnant la parole grâce à des enregistrements sur bandes. Un autre qui ne s'adresse plus aux femmes. Un troisième, encore, en couple avec une chouette. Un quatrième, enfin, qui vient de prendre Jacques Weber pour Dieu (ou inversement)...

Rien à redire sur le jeu de cet impeccable duo à la complicité palpable, s'amusant à cultiver une inquiétante étrangeté, croyant à l'incroyable, nous le faisant admettre sans difficulté. Sébastien Thiéry habite irrésistiblement ses textes, tout comme son partenaire que nous sommes heureux de retrouver sur les planches. Car à chaque rôle l'acteur, en progrès permanent, gagne un peu plus ses galons de comédien de théâtre. 

Reste que si les pièces de Thiéry ressemblent parfois à des sketches étirés et sans chute, ces petits dialogues, mis bout à bout, souffrent étonnamment de tares similaires. Et nos réserves, émises en introduction, n'aident pas davantage à les rendre inoubliables...

Mais enfin c'est plaisant. Et parfois culotté.

Alors pourquoi pas.

"Tilt", jusqu'au 1er mars 2014.

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Photo : Brigitte Enguérand

14/12/2013

De l'art contemporain à l'art comptant pour rien...

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Nous nous connûmes plus réactifs...

Près de quatre cents dates déjà pour cette "Affaire Dussaert", à côté de laquelle nous étions jusqu'à présent passés et dont les représentations s'achèveront le 5 janvier. Une savoureuse et malicieuse "conférence" signée Jacques Mougenot s'interrogeant, nous interrogeant, sur les frontières parfois ténues entre l'art contemporain et  la malhonnêteté intellectuelle, voire le foutage de g... absolu, prenant appui sur le travail d'un plasticien qui provoqua en son temps ires et passions.

critique l'affaire dussaert théâtre mathurins

"L'affaire Dussaert", c'est la polémique déclenchée par l'oeuvre ultime de Philippe Dussaert, fondateur du mouvement vacuiste disparu en 1989, intitulée "Après Tout" et ne représentant... Rien !  Ou plutôt le vide. Une oeuvre impalpable, invisible, inexistante, puisque n'étant constituée d'aucune matière (ni peinture, ni toile, ni cadre), qui fut vendue aux enchères en 1991 après la mort de son créateur au prix de 8 millions de francs et préemptée par l'état français. Le gouvernement d'alors ne tarda pas à se voir accusé d'avoir gaspillé les deniers publics... L'issue de l'affaire, que nous vous laisserons le plaisir de découvrir au théâtre, ne manquant pas de saveur.

Afin de nous relater ces évènements, tenter de définir l'art, et percer les mystères de son marché, Jacques Mougenot a donc mené une enquête extrêmement poussée, compulsé une épaisse documentation, rencontré de nombreux acteurs du milieu, dont la galeriste représentant le peintre sus-évoqué...  Sur le plateau des Mathurins, il nous balade, multipliant les anecdotes, avec une gourmandise communicative et un esprit poil à gratter, dans un monde dont nous confesserons ici tout ignorer (ou presque), illustrant son propos de quelques toiles, avant de tirer une conclusion surprenante,  jubilatoire et on ne peut plus théâtrale.

Bien vu.

Drôle, intelligent, mordant, efficace, le moment est à ne pas manquer.

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Photo : Benjamin Dumas

11/12/2013

A la Villette, du théâtre sud-africain à découvrir d'urgence...

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C'est ce que l'on appelle se prendre une claque.

Une sacrée claque...

Jusqu'au 20 décembre seulement, Mpumelelo Paul Grootboom, dramaturge et administrateur du South African State theatre, présente deux de ses créations, dont "Township Stories", chroniques post-apartheid "tarantinesques" montées en 2006, mettant en scène des habitants de Soweto sur fond de thriller oppressant, reflétant le quotidien éprouvant d'une population sans repère. Un festival de séquences "coups de poing", à la violence frôlant souvent l'insupportable, en dépit de l'humour distillé en guise de soupape tout au long du spectacle. C'est brillamment écrit, intelligemment monté, remarquablement joué. Et donc à ne pas manquer.

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Deux heures trente durant, les destins d'une vingtaine de personnages s'entremêlent. Rapports de couple, amicaux, intergénérationnels, parents-enfants, place de la femme, et plus généralement de l'individu dans une société en vrac... Autant de thèmes traités au fil de scènes concises, percutantes, aux dialogues acérés, à l'esthétique forte, séduisante, contrastant efficacement et nécessairement avec ce qui nous est donné à voir. Au choix inceste, viols, meurtres, femmes battues, avortement maison... On en passe....

Multipliant parfois les rôles, douze comédiens investis s'emparent avec intensité de cette secouante partition, dont la force est décuplée par leur interprétation sincère, prenante et bouleversante. Mpumelelo Paul Grootboom dirige chacun avec une précision d'orfèvre, dessine des caractères complexes, attachant, terrifiants. Signe une oeuvre pour le moins singulière, au final (osons le terme) enthousiasmante. 

Ames sensibles, s'abstenir. 

Pour les autres, il conviendra de se précipiter à la Grande halle de la Villette.

TownShip Stories : jusqu'au 14 décembre.

Rhetorical : du 17 au 20 décembre.

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Photos : Rufin Coudyzer

10/12/2013

"Psyché, le musical" ! La séduisante proposition de Véronique Vella...

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La sociétaire du Français s'attaque ingénieusement à l'immontable, indigeste (cinq heures lors de sa création) et hétéroclite tragi-comédie-ballet composée à huit mains par Molière, Corneille, Lully et Quinault (pour les paroles des chansons), faisant de la rencontre entre la sublime terrienne Psyché et le fils de Vénus, une surprenante comédie musicale de deux heures, mettant en scène 20 artistes, aux mélodies inspirées (Vincent Leterme) balayant les genres les plus divers, du lyrique à la variété, en passant par le jazz. Un spectacle de troupe généreux, intense, malicieux, et toujours plus enthousiasmant à mesure que la représentation avance.

"Psyché", rappelons-le, narre le destin de cette jeune femme à l'incroyable beauté, envoûtant les hommes malgré elle, rendant jalouses ses soeurs, mais aussi Vénus qui estime que la demoiselle lui cause ombrage et décide, pour se venger, d'envoyer sur terre l'Amour, son fils, lui briser le coeur. Celui-ci tombera sous le charme, contrariant les plans de sa divinité de mère...

critique psyché comédie française véronique vella

La salle Richelieu dans ce qu'elle a de plus brut. Un plateau nu laissant deviner les décors, stockés au lointain, d'autres productions. Des trappes qui s'ouvrent. Des comédiens qui en surgissent. Quelques notes de piano. Un choeur tout de bleu vêtu, rappelant avec ses longs manteaux et chapeaux melons les hommes volants de Jean-Michel Folon, introduit des personnages échappés du XVIIème et d'une mythologie fantasmée. Ensemble, évoluant sur l'imposante tournette du théâtre, devant des toiles peintes, des drapés, des tentures montant ou descendant des cintres,  chantant, dansant, s'essayant même aux claquettes, ils s'affronteront, s'aimeront, se déchireront, avant de regagner les entrailles du théâtre.

Le spectacle imaginé par Véronique Vella forme un rêve éveillé, constitué d'images simples, puissantes, poétiques. Un hommage, une déclaration d'amour à l'outil théâtral, à l'acteur, l'un et l'autre joliment mis en valeur, avec juste ce qu'il faut d'artifices. 

Françoise Gillard campe une Psyché de caractère. Garçonne rayonnante à la candeur non feinte, forte et fragile, à la beauté évidente mais pas "cliché". Face à elle, Benjamin Jungers est un amusant "Amour". Aussi frêle. Plus enfantin. Luttant pour masquer les ailes immenses dépassant de son costume (très drôle !). Le couple émeut. Bouleverse même, au cours d'un corps à corps dansé, imparfait mais prenant, chorégraphié par Elliot Jenicot. Sylvia Bergé, puissante (quel organe !), exaltée, cruelle, est une formidable Vénus. Jennifer Decker et Coraly Zahonero (soeurs de Psyché), jouant les pestes avec délectation, se révèlent irrésistibles. Distribution impeccablement dirigée. Pardon de ne citer chacun.

Un démarrage légèrement décontenançant, une ou deux maladresses, des tessitures cherchant encore l'harmonie parfaite, et surtout des micros à remiser d'urgence, rendant les voix métalliques et le propos  difficilement compréhensible, ne nous auront empêchés de passer un délicieux moment. Aussi, gageons qu'il en sera de même pour ceux qui se rendront place Colette jusqu'au 4 mars 2014.

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Photos : Brigitte Enguérand