Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01/12/2013

Magre, Salviat et Hiegel combattent le racisme "ordinaire" avec le sourire...

critique dramuscules poche montparnasse catherine hiegel judith magre catherine salviat

Pour Judith Magre et son amie Catherine Salviat, qu'elle côtoya de longues années dans la maison de Molière, Catherine Hiegel a choisi trois des neuf "Dramuscules" imaginés en 1988 par l'auteur autrichien Thomas Bernhard, juste avant sa mort. Trois saynètes (agrémentées d'un quizz maison !) aussi désopilantes que terrifiantes de vérité, grinçantes à souhait, dénonçant la xénophobie et le racisme latent des gens "respectables, bien sous tous rapports". Un festival de propos nauséabonds en tailleur Chanel ou robe de chambre La Redoute (pas de barrières sociales pour la bêtise), tenus par deux actrices exceptionnelles,  qui glace le sang et réveille les consciences. "Salutaire", affirme la metteur en scène... Nous confirmons.

critique dramuscules poche montparnasse catherine hiegel judith magre catherine salviat

Bien qu'ayant pour décor une Autriche considérée par le dramaturge comme malade, infectée de son passé fasciste, ces courtes pièces mettent en lumière situations, propos et médiocrité universels. Deux grenouilles de bénitier au sortir de l'église tombant sur un cadavre roulé dans du papier d'emballage (au final "simplement" un paquet d'affiches truffées de croix gammées..."Ouf !"). Deux commères qui médisent au cimetière après la mort d'un villageois renversé par un turc. La femme d'un policier, enfin, proférant les pires horreurs en achevant son repassage...

Incisive, pénétrante, violente, répétitive, obsessionnelle, brute, sans fioriture, des plus efficaces... L'écriture de Thomas Bernhard, qui n'entendait pas produire du beau ou du poétique mais du "vrai", marque les esprits sans attendre, à peine l'a t-on lue ou entendue. Et de cette langue âpre, de ces dialogues ciselés, Magre et Salviat s'emparent avec l'adresse de deux virtuoses des planches. Leurs compositions sont hilarantes. Ce duo, presque clownesque, donne a entendre brillamment l'insupportable pour mieux le condamner. Impressionnant. Nous retiendrons bien sûr ce moment où, seule en scène,  Judith Magre fait monter progressivement en elle une haine de l'autre telle qu'elle en vient à véritablement éructer son dégoût, au terme d'un monologue dont elle sort épuisée. Effrayante et prodigieuse.

critique dramuscules poche montparnasse catherine hiegel judith magre catherine salviat

Entre deux drames minuscules (c'est la contraction de ces deux mots qui fit le titre de l'ouvrage de Bernhard), Catherine Salviat propose aux spectateurs un quizz leur demandant d'attribuer  à des hommes de lettres, philosophes ou politiques du XVIIème à nos jours, une vingtaine de citations toutes plus odieuses et racistes les unes que les autres. A mesure qu'on s'approche de 2013, on finit par perdre toute indulgence envers les auteurs de tels propos, tout sens de l'humour, et sentir un malaise nous envahir... L'exercice secoue, produit son petit effet.

A ne pas manquer.

Au Poche-Montparnasse jusqu'en mars 2014.

Réservez vos places en cliquant ci-contre :  commander_100x30_02.gif

Photos : Pascal Gely

Les malicieuses histoires de princesses d'Edouard Signolet...

Capture d’écran 2013-11-29 à 11.45.50.png

Le jeune metteur en scène cosigne une plaisante adaptation de "La Princesse au Petit Pois", tirant des 15 lignes de l'oeuvre d'Andersen, véritable parodie de conte à ses yeux, une légère et drolatique variation sur le couple, l'amour (et la sexualité), mais aussi une pertinente incitation à nous échapper de nos carcans sociétaux, à nous ouvrir aux autres afin d'oxygéner nos vies. Si plume et spectacle pourraient parfois affirmer davantage leur singularité (proposition visuellement quelconque), les quatre interprètes nous emmènent avec grâce et volupté au pays des fées. Même si de fées, il n'est ici question...

critique la princesse au petit pois studio théâtre comédie franç

"La Princesse au Petit Pois", c'est d'abord l'histoire d'un prince qui s'ennuie et déprime au sein du royaume de ses géniteurs couronnés (dont le "bonheur" affiché semble par ailleurs relatif). Un royaume où les princes ne peuvent fuir leur condition, ne doivent épouser que des princesses, avant de monter sur le trône, puis de donner naissance à des princes et princesses qui à leur tour... Impossible, comme on le lui a expliqué, d'espérer s'unir à qui que ce soit d'autre. "Surtout pas à un roi (voyons !), pas plus qu'à un ours !". Il décide alors de partir à la recherche de sa "vraie" princesse...

En petit prince bougon, insatisfait et mélancolique, Jérémy Lopez est on ne peut plus touchant ! Au cours de sa quête du bonheur, de l'amour, il croise le chemin de la puissante Elsa Lepoivre et de la délicate Georgia Scalliet, campant d'amusantes et multiples figures féminines, belles, égocentriques, égoïstes, solitaires, possessives, dominatrices, ou encore cannibales, avant que la seconde ne prenne les traits d'une émouvante non-princesse, puis ceux de LA fameuse Princesse tant attendue. Elliot Jenicot pour sa part, joue les rois avec les talents cartoonesques qu'on lui connaît. Bref, ce quatuor nous enchante une petite heure durant.

Un spectacle à destination du jeune public, qui ne déplaira pas aux accompagnateurs plus âgés, donné jusqu'au 5 janvier au Studio-Théâtre de la Comédie Française.

Pourquoi pas.

Réservez vos places en cliquant ci-contre :  commander_100x30_02.gif

Photo : Cosimo Mirco Magliocca

29/11/2013

Une talentueuse équipe au service d'une farce anglaise qui ne prend pas...

critique des pieds et des mains théâtre fontaine

Après "Les Grands Moyens", petite comédie enlevée et bien sentie donnée à la Gaîté l'an passé, Arthur Jugnot et David Roussel, metteurs en scène dynamiques et futés, se sont attaqués avec un soin identique à un délire boulevardo-absurdo-policier signé Ray Galton & John Antrobus, équivalents britanniques de nos Barillet & Grédy. Pièce vieillissante ? Canevas bancal ? Adaptation maladroite ? Probablement un peu de tout ça. Toujours est-il qu'en dépit d'une distribution impeccable, l'ensemble se révèle extrêmement poussif. 

Le pitch ? Un steward plaqué par sa femme. Laquelle est introuvable. Même par ses trois amants : un pasteur auteur de romans érotiques, adepte des déguisements de soubrette, un éleveur d'autruches et un flic. Des morceaux de corps humain trouvés dans le congélateur qu'il faut faire disparaître avant que les autorités ne s'en mêlent. Et une belle-mère acariâtre, traiteur spécialiste des tourtes qui débarque chez son gendre accompagnée d'une assistante bimbo pour préparer ses commandes...

Succession de situations ou évènements rentrant aux forceps dans une histoire mal ficelée,  folie trop artificielle semblant obéir à une recette, cumulant des ingrédients qui ne vont pas ensemble, personnages mal dessinés ou inutiles (comme cette autruche qui ne sert absolument à rien), dialogues  sans grand éclat... Sur le plateau du Théâtre Fontaine, sept comédiens font donc "Des Pieds et des Mains" pour tenter de nous arracher des rires qui ne viennent que rarement. L'excellente Marie-Hélène Lentini, par exemple, compose une réjouissante mégère, mais sa partition n'est pas à la hauteur. Seule Karine Dubernet parvient à tirer son épingle du jeu en impayable allemande néo-nazie terrifiant ses partenaires de scène. Sa trop brève apparition s'avère LA séquence hilarante du spectacle.

Dispensable.

Jusqu'à la fin décembre.

27/11/2013

Une comédie dramatique trop fragmentée...

Capture d’écran 2013-11-27 à 08.13.46.png

Au Lucernaire, la Compagnie des Camerluches présente un texte de Jacques Hadjaje, auteur qui rejoignit l'équipe il y a bientôt dix ans et lui offrit depuis "Dis-leur que la vérité est belle" ou  "Adèle a ses raisons", deux succès que vous avez peut-être applaudis. "Entre temps j'ai continué à vivre" (titre de cette création) prend la forme de neuf tableaux. Neuf tranches de vie succinctes évoquant la difficulté, pour l'homme, d'avancer chargé d'un passé parfois pesant ou encombrant. Un travail appliqué, rigoureux, aux intentions louables, auquel nous fûmes relativement hermétiques, en raison d'une partition disparate, effleurant les situations plus qu'elle ne les explore, et d'un ton qui se cherche une heure quinze durant. Frustrant...

Capture d’écran 2013-11-27 à 08.15.58.png

Décor commun à l'ensemble des saynètes qui nous sont proposées : une ville minière de l'est de la France dont le dernier puits exploitant un gisement de charbon vient de stopper toute activité. Tandis que la population manifeste dans les rues en guise de protestation, les protagonistes (un couple, des ami(e)s, des frères et soeurs, des ouvriers, un marathonien...) voient resurgir leur passé, plus ou moins douloureux, et tentent de l'apprivoiser. Certains y parviendront. 

Evoluant sur une sorte de malle géante transperçant littéralement le plateau et semblant renfermer les histoires, les secrets des uns et des autres (scénographie signifiante  réussie !), cinq acteurs au jeu profondément nourri interprètent les dix-huit rôles de cette pièce chorale. L'ouvrage de Jacques Hadjaje n'est pas sans faire penser à un recueil de nouvelles. Pourrait s'avérer plaisant. Mais la forme courte est un art délicat à manier. Les "nouvelles" sont ici trop nombreuses. Tout va trop vite. Le dramaturge-metteur en scène veut dire trop de choses. A peine un climat est-il installé qu'un autre lui succède. Les personnages défilent. Se débattent, souvent en vain, pour exister. Et ce bout à bout peine au final à constituer un tout, empêchant le public de véritablement rentrer dans le spectacle.

De jolies images qui n'ont hélas le temps de nous parler ou de nous émouvoir... 

Capture d’écran 2013-11-27 à 08.16.15.png

Photos : Pierre Dolzani

13:59 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |