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13/11/2013

L'enthousiasmante saga des Lheman Brothers...

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Au Rond-Point, Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Etienne, propose au cours d'une seule et même soirée trois pièces de l'italien Stefano Massini relatant depuis ses origines l'histoire de cette banque dont la chute déclencha en 2008 la terrible crise des subprimes, déroulant ainsi près de deux siècles de capitalisme. 3h50 durant (surtout ne prenez pas peur !), le spectateur assiste passionné à un formidable feuilleton théâtral, à une saga familiale haletante, merveilleusement montée, ainsi qu'à une sorte de leçon d'économie pour les nuls limpide et captivante. En dépit de son sujet a priori peu glamour et de sa durée conséquente, "Chapitres de la Chute" est bien l'un des meilleurs spectacles de cette première partie de saison. A ne pas manquer.

L'action démarre au milieu du 19ème siècle, quand Henry Lheman, jeune juif bavarois, débarque en Alabama pour ouvrir une minuscule boutique de tissu. Ses deux frères, Emmanuel et Mayer, le rejoignent peu après.  Au fil des ans, de leurs divers investissements, des évènements historiques (Guerre de Sécession, arrivée du chemin de fer, création des premières bourses, de celle de Wall Street, krach de 1929...), ces trois tempéraments complémentaires ("une tête, un bras, une patate") puis leur descendance bâtiront un empire qui deviendra la quatrième banque des Etats-Unis. Elle ne quittera le giron familial qu'en 1984, avant de connaître le destin que l'on sait.

critique chapitres de la chute saga des lheman brothers arnaud meunier théâtre du rond-point

Sur le plateau, six comédiens s'emparent avec virtuosité d'un texte empli d'humanité, solide, malin, enlevé, truffé d'anecdotes, dépeignant avec minutie personnages et situations. Se font tour à tour narrateurs ou protagonistes. Multiplient les rôles. Sont les instruments d'une enivrante symphonie, à l'exceptionnelle fluidité, au lyrisme saisissant. Citons-les : Jean-Charles Clichet, Philippe Durand, Martin Kipfer, Serge Maggiani, Stéphane Piveteau et René Turquois.

Sur le fond comme sur la forme, l'ouvrage se révèle presque sans défaut. Intelligent, accessible, drôle, subtil, raffiné. Jusqu'à la très élégante scénographie évolutive de Marc Lainé, grise et blanche, ponctuellement parée des vidéos inspirées de Pierre Nouvel.

Jusqu'au 30 novembre seulement.

Foncez !

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Photo : Jean-Louis Fernandez

12/11/2013

Le Brecht appliqué de Jean Bellorini...

critique la bonne ame du se-tchouan théâtre de l'odéon jean bell

Créée à Toulouse le mois dernier, "La Bonne Ame du Se-Tchouan" s'installe aux Ateliers Berthier jusqu'au 15 décembre. Jean Bellorini, qui reçut le prix de la mise en scène du Palmarès du Théâtre  2013 pour "Paroles Gelées" (reprise au Rond-Point en mars), donne à voir l'histoire de Shen Te, jeune prostituée faisant le bien autour d'elle, dans un spectacle rigoureux, consciencieux,  manquant sans doute d'âpreté et de caractère, au sein duquel évoluent une vingtaine d'artistes maîtrisant joliment leur art. Du Brecht comme nous en avons souvent vu, mais pas vraiment de mal à en dire.

critique la bonne ame du se-tchouan théâtre de l'odéon jean bell

La fable de l'auteur allemand évoque la problématique de l'équation délicate et idéaliste "bonheur individuel  = harmonie collective". En quête d'une "bonne âme" qu'ils peinent à trouver sur Terre, les dieux tombent sur la jeune et généreuse Shen Te qu'ils décident d'aider à changer de vie en lui permettant d'ouvrir un modeste commerce. Continuellement tiraillée entre la recherche de son épanouissement personnel et la volonté d'épauler son prochain dans une société déliquescente, celle-ci se verra confrontée à une multitude d'épreuves, de choix complexes difficilement supportables, aussi bien matériels qu'affectifs. Pour aller de l'avant, elle s'inventera un double, un cousin chargé d'accomplir des besognes moins nobles mais essentielles à sa survie. 

critique la bonne ame du se-tchouan théâtre de l'odéon jean bell

Neutralisant et universalisant avec pertinence le cadre choisi par Brecht pour l'action (la province chinoise du Se-Tchouan), Jean Bellorini fait évoluer les protagonistes, vêtus de manière contemporaine,  dans une  rue susceptible de se trouver aux quatre coins du globe. En tête de distribution, Karyll Elgrichi est une Shen Te investie, sensible et poignante. Sa composition du cousin se révèle sobre et intelligente. François Deblock campe un marchand d'eau impétueux, plein de fraîcheur. Med Hondo un dieu au charisme certain. Geoffroy Rondeau "une" propriétaire truculente. Tous sont à l'unisson. L'énergie et la justesse émanant de ce travail emportent l'adhésion du public, bien que n'occultant pas les réserves sus-évoquées. C'est un peu lisse. Un peu jeune. Parfois trop esthétisant. Cela pourrait être plus sombre, plus dur, plus violent...

Mais enfin pourquoi pas. 

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La Bonne Âme du Se-Tchouan, de Bertolt Brecht... par TheatreOdeon

 

Photos : Polo Garat - Odessa

10/11/2013

A la Villette, touchant "Bal des Intouchables"...

critique le bal des intouchables les colporteurs parc de la villette

Fondée en 1996 par Agathe Olivier et Antoine Rigot, la compagnie des Colporteurs a toujours donné à voir, à travers ses créations, bien plus que de simples performances circassiennes.  Qu'elle s'inspire de romans d'Italo Calvino, de Boulgakov, qu'elle travaille sur un opéra aux côtés de Giorgio Barberio Corsetti (metteur en scène du fameux "Chapeau de Paille" au Français) ou pour le Cirque du Soleil, l'histoire, le propos, le jeu d'acteur, la musique originale accompagnant l'action, revêtent une importance capitale.

Jusqu'aux fêtes de fin d'année, Les Colporteurs présentent "Le Bal des Intouchables", un spectacle brillant mais sans esbroufe, empli d'humanité mais qui ne dégouline pas de bons sentiments, ayant pour thème la différence et le rapport à l'autre. Un regard tendre, drôle, poétique, émouvant, sur la diversité du genre humain et ses capacités finalement naturelles à tendre la main. Sans oublier des numéros bluffants superbement réalisés. 

critique le bal des intouchables les colporteurs parc de la villette

Les premières images se révèlent aussi amusantes que glaçantes. Au centre de la piste, un homme dépose des sacs poubelle... Qui ne tardent pas à se mettre en mouvement ! De l'un d'eux surgit un bras, d'un autre une jambe, d'un troisième une tête... Mais qui peuvent bien être ces curieux "déchets" qui tentent de s'extirper d'enveloppes pour le moins perturbantes ? Vont-ils "survivre" et trouver leur place dans un univers peuplé de barres, de trapèzes, de cordes ou de fils de fer ne laissant pas vraiment leur chance aux moins habiles. Nul doute que pour y parvenir, tous devront s'aider.

Au sortir du chapiteau, vous aurez constaté que l'on peut faire du mât chinois dénué de toute force physique (incroyable séquence "chewing-gumesque" demandant une technique irréprochable), que les acrobaties sont possibles en fauteuil roulant, que le funambulisme est accessible aux plus gauches pour peu qu'ils possèdent des béquilles géantes, ou encore qu'une descente à la corde chaotique est susceptible de déclencher l'hilarité (savoureuse et communicative) de celle qui fait le périlleux trajet dôme-centre de la piste...

Personnalités attachantes, artistes talentueux, musique enivrante et sophistiquée, timing parfait... Très joli moment passé à la Villette.

N'hésitez pas.

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Photo : Les Colporteurs / Sébastien Armengol

07/11/2013

Au Théâtre 13, l'enthousiasmant digest de "Macbeth"...

critique macbeth théâtre 13 arny berry

Tout "Macbeth", ou presque, en quatre vingt-dix minutes. C'est le défi relevé haut la main par Arny Berry et les onze membres de sa compagnie qui nous proposent, sans jamais trahir Shakespeare malgré de sacrées coupes, un spectacle gourmand, généreux, drôle, poétique, fantastique, onirique. Une représentation à destination du plus grand nombre, riche de la fougue de ses jeunes interprètes. Une déclaration d'amour à l'auteur, au théâtre, au public. Jolie réussite.

Macbeth, c'est ce valeureux chef de l'armée d'Ecosse qui, après avoir entendu la prophétie d'une sorcière lui promettant le trône, assassinera le roi afin de s'emparer de sa couronne, encouragé dans cette action par une épouse avide de pouvoir. Pour conserver son rang, il plongera le pays dans un bain de sang. Lady Macbeth finira folle, rongée par la culpabilité de toute cette barbarie. Lui mourra au combat, redevenant l'honorable guerrier qu'il aurait rêvé n'avoir jamais cessé d'être...

critique macbeth théâtre 13 arny berry

Dotée de moyens modestes mais brillamment exploités, à la manière du théâtre de foire, du théâtre de tréteaux,  la mise en scène ingénieuse et spectaculaire déroule l'action à cent à l'heure. Fait appel aux projections vidéos, aux ombres chinoises, à la danse, à l'escrime. L'espace se transforme toutes les deux minutes. Chacun multiplie les rôles, jonglant avec de nombreux et astucieux éléments de costumes mixant les époques. Le sang gicle souvent. De mystérieuses créatures apparaissent et disparaissent. De somptueuses images se créent sous le regard enthousiaste des spectateurs... Tout Shakespeare est là. Sa violence, sa féérie, sa cocasserie.

Si nous devions trouver quelques défauts à l'ouvrage nous irions "chipoter" du côté de l'interprétation qui mériterait parfois d'être affinée, précisée, bien que de bon niveau. Mais ce sont les premières... Gageons que d'ici peu chacun aura définitivement fixé son personnage. A commencer par Arny Berry (Macbeth) qui eut fort à faire en signant cette réjouissante proposition.

Voilà qui nous réconcilie avec l'ami William, après le naufrage constaté Salle Richelieu il y a peu. 

Allez-y !

Jusqu'au 15 décembre.

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Photo : DR / Johanna Elalouf

08:47 Publié dans Critiques, Vidéos | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : critique macbeth théâtre 13 arny berry | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |