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08/01/2014

Marie-Armelle Deguy : Arnolphe drolatique d'une "Ecole des Femmes" un brin pâlotte...

critique l'école des femmes catherine anne marie armelle deguy

Ivry encore...

Evoquons aujourd'hui le second volet du diptyque imaginé par Catherine Anne pour sa troupe 100% féminine (lire notre article précédent). La comédienne-dramaturge-metteur en scène signe une version de "L'Ecole des Femmes" appliquée mais inégale, en partie à cause d'une distribution qui dans les rôles masculins pensés par Molière peine davantage à convaincre que dans ceux d'"Agnès" (premier volet de la proposition). Exception faite de la merveilleuse Marie-Armelle Deguy dont l'Arnolphe à la de Funès vaut à lui seul le déplacement. Incroyable prestation, dans l'esprit du théâtre de tréteau, physique à souhait, inventive, teintée d'une réjouissante folie... Coup double, donc, pour cette actrice fascinante et trop discrète à nos yeux, campant avec maestria deux hommes monstrueux, en alternance un mois durant.

critique l'école des femmes catherine anne marie armelle deguy

Quelques lignes pour rappeler l'intrigue, bien connue, illustrant et dénonçant l'insoutenable mainmise de l'homme sur la femme. Pupille d'Arnolphe, isolée du monde depuis son plus jeune âge, presque séquestrée, Agnès ignore tout de la vie et de l'amour. Jusqu'au jour où, sous ses fenêtres, passe le charmant Horace dont elle va s'éprendre, contrariant fortement le dessein d'Arnolphe qui entendait bien l'épouser et en faire une femme obéissante, fidèle (surtout ne pas être cocu !) et soumise. Mais ce dernier aura beau tout tenter pour conserver celle qu'il considère comme sa "propriété", y compris la violence, il n'empêchera pas l'amour de triompher...

La comédie se déroule autour d'un dispositif scénique qui ne nous séduisit pas plus que pour "Agnès" (il s'agit du même, un bloc central rose fade grossièrement dessiné, aux ouvertures multiples, doté d'un escalier pour accéder à son sommet, offrant différents espaces de jeu, intérieurs ou extérieurs). Le rythme est bon. L'efficacité de chaque scène se voit à peu près conservée. Cela pourrait être plus drôle, plus créatif, moins sage, plus oppressant. Mais enfin on entend plutôt bien le texte de Jean-Baptiste Poquelin. Nous retiendrons surtout le célébrissime passage des maximes, pour le coup brillant, au cours duquel Arnolphe couvre Agnès de bandes de tissu et de voiles, l'emmure quasiment vivante, afin qu'on ne devine plus un centimètre carré de sa peau. Image choc. La demoiselle, se décomposant, effrayée, nous bouleverse.

Si du rôle d'Agnès, la talentueuse Morgane Arbez se sort plus qu'honorablement, elle frôle le contresens en début de spectacle, confondant presque naïveté et niaiserie, avant de se reprendre et retrouver la voie du personnage. De son côté Caroline Espaglière, Horace aux amusants airs d'ado, lutte pour nous faire oublier la femme qu'elle est, tout comme Léna Bréban en Chrysalde. Timbres trop aigus, gestes trop délicats, maniérés, pas assez brutaux... Evelyne Istria s'en sort mieux en incarnant Alain, le domestique bourru.

Parce qu'il faut absolument découvrir le travail de Marie-Armelle Deguy, il conviendra de se rendre au Théâtre des Quartiers d'Ivry avant le 2 février.

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Photos : Bellamy

07/01/2014

L'emprise parfois abjecte de l'homme sur la femme...

critique agnès catherine anne théâtre des quartiers d'ivry

Au Théâtre des Quartiers d'Ivry, Catherine Anne propose un diptyque composé  d'"Agnès", pièce qu'elle écrivit il y a vingt ans, et de "L'Ecole des Femmes", signée Molière comme chacun sait. Deux oeuvres aux couleurs différentes, visibles ensemble ou séparément, se complétant afin de mettre en lumière l'insupportable, les difficultés du beau sexe à être l'égal du fort, à lui faire face, hier comme aujourd'hui. Deux spectacles donnés dans un décor commun (qui nous emballa guère), portés par neuf comédiennes investies, incarnant personnages masculins et féminins. Hier, nous assistâmes au premier. Globalement juste, percutant, et poignant. 

Agnès. L'histoire d'une femme violée par son père lorsqu'elle était enfant. Plusieurs fois par mois. Quatre années durant. Un père régnant en despot sur sa famille, méprisant, humiliant et battant son épouse, terrorisant sa progéniture. L'histoire d'une adolescente détruite, d'une jeune fille incapable d'aimer sans voir se superposer le visage de son bourreau sur le corps de ses amants. L'histoire d'Agnès, trentenaire devenue avocate, qui se souvient et qui, enfin ce jour-là, semble trouver l'apaisement et l'amour dans les bras d'un homme. Après un long combat.

critique agnès catherine anne théâtre des quartiers d'ivry

Habilement structuré, constitué de flashbacks, d'ellipses, doté de caractères complexes, contenant des dialogues forts, âpres, sans fioriture, des monologues prenants, des situations quelquefois pénibles, mais aussi empreint d'une certaine poésie, l'ouvrage de Catherine Anne se révèle une belle partition, riche, dense, fluide, dont s'emparent intelligemment ses interprètes.

A commencer par l'époustouflante Marie-Armelle Deguy, qui nous réjouit en Madame Jourdain il y a peu aux côtés de François Morel, campant magistralement un épouvantable père incestueux. Quelle puissance, quelle cruauté, quelle perversion, quelle violence, quelle intensité dans le jeu de cette femme à l'allure plutôt frêle, qui nous fait admettre sans broncher son travestissement. Superbe composition, remarquablement maîtrisée. Aussi brillante, Morgane Arbez qui nous embarque au plus profond de l'âme de la jeune Agnès, dévoilant une errance psychologique douloureuse et bouleversante. Impeccable, encore, Léna Bréban sous l'influence de son mari... 

A voir.

Jusqu'au 2 février.

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Photos : Bellamy

03/01/2014

La superbe Antigone de Marc Paquien...

critique antigone théâtre du vieux-colombier comédie française

Simple, épurée, et évidente, la mise en scène de l'oeuvre de Jean Anouilh par Marc Paquien met en lumière un texte de toute beauté et donne à voir une distribution remarquable. Il conviendra donc de se rendre sans hésiter salle Richelieu, où le spectacle est repris jusqu'au 2 mars.

"Antigone", rappelons-le, nous conte la tragédie de cette jeune femme refusant la loi et combattant le pouvoir en place incarné par son oncle Créon, roi de Thèbes. A l'issue d'une guerre qui vit s'entretuer ses deux frères, Etéocle et Polynice, le roi n'organisa de funérailles que pour le premier, interdisant que l'on ensevelisse le second. Cet interdit que bravera Antigone la fera condamner à mort.

Ecrite en 1942 sous l'occupation, inspirée de l"Antigone" de Sophocle, représentée en 1944, la pièce d'Anouilh réveillait  les consciences et appelait à la résistance. Soixante dix ans plus tard, celle-ci nous interroge toujours sur le monde que nous désirons, nos libertés, nos politiques. L'écriture est magnifique, moderne, d'une puissance extraordinaire, d'une poésie rare, et pleine d'humanité. On ne peut qu'être saisi à la lecture ou à l'écoute de la prose du dramaturge.

Sur le plateau du Français, Françoise Gillard est une Antigone boulerversante. Fragile oisillon débordant d'énergie, à la force de caractère impressionnante, elle parvient à délivrer toutes les couleurs de son personnage. Sa colère qu'elle ne peut contenir, sa détermination sans faille, son courage qu'elle affiche sans trembler... Les sentiments jaillissent de la comédienne avec une infinie justesse. Bruno Raffaelli se révèle quant à lui magistral dans son  interprétation effrayante et glaçante du politique Créon. Marion Malenfant est une Ismène effervescente et touchante, Clotilde de Bayser un Choeur fort séduisant... Mais chacun est à sa place dans le subtil travail qui nous est ici proposé ; Nâzim Boudjenah en Hémon, Stéphane Varupenne en Garde, Véronique Vella en Nourrice, et Benjamin Jungers en messager.

A voir absolument !

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27/12/2013

Les somptueuses productions du Châtelet...

critique my fair lady théâtre du châtelet

Bonheur sans nuage que cette reprise de "My Fair Lady", vue pour la première fois en 2010, permettant de constater que l'oeuvre de Lerner & Loewe, pépite de l'âge d'or des comédies musicales (1956 pour la création), n'a pas pris une ride, contrairement à certaines de ses contemporaines. Livret brillamment structuré, mélodies inspirées, modernes, élégantes, malicieuses (la plupart sont devenues des tubes), personnages à l'épaisseur appréciable, dialogues irrésistibles... Grâce à un casting quasiment irréprochable, aux dizaines de musiciens de l'orchestre Pasdeloup, aux sublimes décors, aussi imposants qu'aériens, de Tim Hatley, et surtout à la mise en scène d'une évidence et d'une fluidité rares signée Robert Carsen (d'après l'originale), la petite marchande de fleurs enchante à nouveau la capitale dans l'établissement de Jean-Luc Choplin.

En quelques mots, pitchons l'intrigue de ce musical célébrissime adapté du "Pygmalion" de George Bernard Shaw. Londres. Epoque Victorienne. Eliza Doolittle, vendeuse de bouquets à la sauvette dont l'accent cockney à couper au couteau et les manières on ne peut plus populaires ne laissent aucun doute sur sa condition, se voit prise en main par le professeur Higgins, aristocrate, célibataire endurci, spécialiste du langage, toqué de phonétique, qui à la suite d'un pari avec son ami Pickering, décide de s'amuser avec elle et d'en faire une femme du monde en moins de six mois. Ses efforts seront payants, le pari gagné, mais ses rapports avec la volcanique Eliza s'avéreront sacrément tumultueux...

critique my fair lady théâtre du châtelet

Pas un interprète qui ne soit à la hauteur de sa partition. Non seulement, tous se révèlent dignes des plus grandes scènes lyriques, mais dévoilent également un jeu d'acteur exceptionnel, point non négligeable lorsqu'on sait que "My Fair Lady" comporte 60% de dialogues pour 40% de moments chantés (chose inhabituelle dans le monde des musicals qui affichent généralement des proportions inverses). Parce qu'on ne pourra citer ici la cinquantaine d'artistes présents en plateau, évoquons simplement les deux rôles principaux. Alex Jennings campe un Higgins drolatique, suffisant, caractériel et machiste à souhait, à l'ambiguité savoureuse, véritablement hilarant lorsqu'il redevient petit garçon devant sa mère. Sa virtuosité, son aisance extraordinaire, lui permettent de conduire et rythmer merveilleusement le spectacle. Face à lui, Katherine Manley est une Eliza un peu âgée (trop femme) mais totalement investie et convaincante. Gouaille parfaite, efficacité comique, voix cristalline... Fabuleux duo, électrique et charmant.

Un ensemble généreusement "fourni" offrant une dimension, une puissance exceptionnelle à l'intégralité des tableaux proposés, ainsi que quelques chorégraphies heureusement pensées parachèvent un moment des plus enthousiasmants. Remercions donc le Châtelet de cette production riche, joyeuse, populaire, visible quelques jours encore... Pour qui aura la patience de tenter sa chance sur le trottoir, pancarte à la main, trente minutes avant le début de la représentation. Car c'est évidemment complet.

18:22 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : critique my fair lady théâtre du châtelet | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |